Comme au théâtre en octobre

 

Dans un centre d’achat dont les boutiques s’étendent sur trois étages, en plein après-midi, des clients circulent dans toutes les directions, en provenance de partout. Plusieurs ont effectué des achats, d’autres sont toujours en recherche.

 

J’ai quelques moments d’attente, je m’assieds sur un banc posé généreusement pour les pieds fatigués. Je suis en face de deux ascenseurs réservés aux fauteuils roulants et aux poussettes. Quelques personnes à la marche difficile viennent aussi s’en servir.

 

À regarder les gens défiler devant moi, je suis en pleine séance de théâtre. Les portes des ascenseurs qui ouvrent et qui ferment à rythme lent concrétisent mon imagination.  Il y a ces jeunes mères qui manipulent leur poussette avec adresse laissant à l’enfant le loisir de dormir en toute quiétude. D’autres arrivent mal à contrôler les trois petits dont l’un va à droite, l’autre à gauche et le bébé qui crie son désaccord de se faire brasser. « Maman, c’est par là les jouets ! » – « Non, non, ce n’est pas aujourd’hui qu’on y va !  Venez par ici !» – « J’ai mal au pied ! » – « Ça va faire le niaisage ! »

 

Deux vieux qui sortaient de l’autre ascenseur assistent impuissants à ces échanges familiaux.  Ils dodelinent de la tête et vont leur chemin à pas traînants. Une poussette vide et un enfant qui sautille sans cesse entrent dans un ascenseur laissé vacant par un préposé qui pousse un lourd chariot chargé de boîtes vides. Une dame aux chaussures désarticulées replace sa sacoche sur son épaule fatiguée, presse le bouton de commande avec une insistance nerveuse. Attendre semble l’irriter. Elle presse encore. Finalement, elle tourne le dos à l’ascenseur et s’en va avec un regard excédé.

 

Dans une nouvelle scène, un homme âgé vêtu d’un lourd manteau sort en tenant une canne qu’il pose fermement au sol. Il boitille. Tout son habillement est trop grand pour lui, même son chapeau lui donne un air de clochard. Au coin du passage, il s’arrête, hésite, puis vient reprendre l’ascenseur. On aurait dit qu’il était sorti au mauvais étage.

 

Tous ces gens sont des acteurs d’une société de consommation, ils n’ont plus guère l’envie de s’amuser. J’ose à peine m’imaginer ce que seront ces mêmes lieux quand viendra le temps des emplettes de Noël.

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Classé dans Réfléxions quotidiennes

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