Archives mensuelles : avril 2012

Concerts

Hier,  je suis allé au concert.

Tout a commencé avec un grand silence. Le premier violon s’est levé et le hautbois a donné la note. Chacun s’est accordé dans un tourbillon de sons.

Nouveau silence.

Le chef fait son entrée dans un applaudissement bien servi.

Nouveau silence.

D’un seul geste du chef, toute la couleur de l’orchestre envahit la salle. C’est beau !

Puis, il y a…

Ces violonistes qui se penchent et se redressent en cadence selon le rythme et surtout selon la vitesse d’exécution requise.

Ce violoncelliste qui hésite à taper du pied quand le tempo se fait fort et bien marqué.

Ce tromboniste qui pose son instrument sur un appui adapté lorsque sa partition est blanche.

Ce chef qui bat amplement de l’aile à droite pendant que sa main gauche fait signe aux violonistes de modérer le volume ou de l’amplifier.

Cette violoniste qui prend une pause aux genoux bien écartés pour se sentir plus à l’aise. Heureusement que sa jupe est longue.

Cette contrebassiste qui se tient bien droite sur son tabouret, mais qui penche sa tête affectueusement sur son instrument.

Il y a tous ces archets qui semblent voler au dessus des têtes des musiciens.

Dans un roulement de timbales, un éclat final, puis un grand silence.

Applaudissements.

C’est beau !

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Un 18 AVRIL

 

Cette année, c’est en avril que le printemps fait gaiement ses premières sorties prolongées. Après un hiver de blancheur, de glace et d’intempéries dispersées, la douceur est toute bien­venue. Par gouttes d’attention, notre ciel courtise plus solennellement qu’avant le soleil qui ne demande qu’à se lever de plus en plus tôt et à allonger sa chaleur sur les champs qui s’amusent à protéger des restants de neige au creux des vallons et le long des boisés.  Sur nos pelouses encore endormies, des rouges-gorges bombent leur torse à la recherche d’un ver trop curieux de sortir du dégel tant espéré

 

J’aime le mois d’avril parce qu’enfin le jour a gagné sur la nuit. Le soleil enlumine mes levers et dore mes déjeuners. Déjà, je songe à tous ces jours où j’irai boire mon café sur la galerie les pieds baignés de chauds rayons. Les sizerins de ce matin sont venus inscrire mon rêve dans un demain presqu’à la porte de mon réveil.

 

En avril, par surprises successives, on n’en finit pas de ressusciter. De neige fondue en neige tombée, le temps se fait trompeur. Hier en manteau, aujourd’hui en chemise, demain en parapluie, nous allons de bottes en souliers en espérant bientôt marcher presque pieds nus.

 

Hier, comme par un printemps très hâtif, le lac s’est délesté de toute la glace qui lui cachait le soleil. Les canards, par couple, s’en donnent à cœur joie.

 

Ce matin j’ai sorti les chaises de parterre construites par mon père. De vieilles écailles des peintures antérieures protégeaient mal ses membres et tout son corps. J’ai gratté pour leur redonner une peau neuve. Sous le regard moqueur des corneilles et des bouviers à tête brune j’ai joué longuement du pinceau sous tous les angles. J’essaie de leur refaire une beauté, sinon une nouvelle jeunesse.

 

Au soir d’un jour gris, moi qui suis un octobre tôt décoiffé que le vent exagérément nordique fait frissonner, j’allonge le regard vers l’autre rive pour qu’un signe me dise la venue des bonheurs d’un réel printemps. Aujourd’hui, de trop larges nuages m’indiquent que le beau temps demeure encore une promesse que chaque semaine renouvelle en son lundi. On a beau ne pas être nés de la dernière pluie et en avoir vu plusieurs, mais il reste que chaque année semble répéter le même scénario qui met notre patience à l’épreuve. Par bonheur, cette promesse arrive toujours, comme par surprise, à satisfaire toutes nos attentes.

 

Malgré moi, je rêve à ces longs jours, où le vent chaud nous invite à la tendresse et qui nous fait retarder notre heure de coucher en nous soulageant d’une fatigue mise en réserve des jours passés. Que viennent ces heures exquises à nos yeux éblouis d’un été enfin installé !

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LE CRIARD DE LA SHOP

 

Le criard de la shop a sifflé deux fois

 

D’un même geste, ils ont écrasé leur mégot

et sont entrés par la grande porte

Tout le jour, ils ont poussé, tiré, sué

 

Boîtes à beurre de mon cœur

 

Sur un parfum de paraffine chauffée

la poussière de bois a blanchi leurs épaules

farci leurs oreilles et teinté la lueur des ampoules

 

 

Le criard de la shop a sifflé deux fois

 

Lourds de leurs répétitions machinales

D’un même geste ils ont secoué leur casquette

Ils ont marché vers leur maison, leur famille,

leur repas et leur repos

 

 

Du cœur du printemps au cœur de l’automne

ils ont prêté leur bras, leur dos, leurs mains

À force d’adresse et de solidarité

ils ont fabriqué une fierté

 

À travers des boîtes aux destinations canadiennes

ils ont vécu leurs stériles rêves de voyage

et forgé leur présence muette

 

 

Le criard de la shop a sifflé deux fois

 

 

Un soir d’automne

Comme par une fatalité indiscutable

Le criard de la shop a lancé un long sifflement

L’usine fermait définitivement ses portes

 

Une à un, les ouvriers ont quitté leur unique gagne-pain

sans tourner la tête, sans un regard sur leur passé

Ils ont gagné leur chaumière et compté leur derniers sous

 

 

Après ce dernier sifflement

Leur vie a basculé et furent réduits leurs espoirs

 

Les jeunes ont pris le chemin des villes

et laissé le plus âgés repeindre leur demeure

aux couleurs de l’automne

 

Dans un silence presque coupable

Les propriétaires ont abandonné et fermé l’usine

Une à une les machines sont parties

Tout a été vendu

 

Plus jamais ne sifflera le criard de la shop

qui a marqué leur passage à la vie d’adulte

qui a mesuré leur repas et leur détente

qui a sonné leur rassemblement

et déclaré leur retraite

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