Archives mensuelles : mai 2012

Mon Fils

Mon fils,

 

Il me semble qu’il y a un certain temps qu’on ne s’est pas parlé. Tu te fais plus discret, mais je vois bien que tu es dans un moment intense. Les études, la hausse des droits de scolarité, le vote, la grève et la marches nombreuses. Ça fait beaucoup depuis janvier.

 

La vie, tu la tiens entre tes dents depuis que tu sens que c’est entre tes mains que reposent ton avenir et celui de ceux de ton âge. Tu es certain que ta cause est juste. Je n’en doute pas. Surtout quand tu me dis que tu rêves à une société plus à ta mesure,  moins polluée d’argent sale, de potentats de toutes sortes qui manipulent et te disent de te taire. Il y a plein de gens qui ne veulent pas qu’on réveille ton envie de voir grand. Ils aiment mieux quand tu te tais, quand tu fais semblant de suivre la foule des automates subjugués par des politiciens nourris d’enveloppes brunes.

 

Bien sûr que moi je te crois quand tu marches dans la rue et que tu cries ton droit à une éducation partagée par tous. Les financiers ont vite répondu à tes demandes en affichant divers calculs. Tout cela pour nous faire croire, à nous les parents, que tu en avais bien plus que tu peux le penser.

 

Tu demandes une société nouvelle et on te met la police aux trousses. Des droits, on te les donne au compte goutte. Pour bien des dirigeants, tu n’es plus un étudiant, tu n’es qu’un manifestant le plus souvent dans l’illégalité. Quand tu veux le dialogue, on te sert la loi spéciale.  Et badauds d’applaudir. Comme si vouloir la paix signifie demeurer en silence dans les rangs, voire se terrer pendant que d’autres gèrent ton avenir. « Envoye dans le nord ! » disait Charest, ainsi on va pouvoir gérer tranquille.

 

Aujourd’hui, je continue de t’écouter. Même que parfois, j’envie ton audace et ta persévérance. Se pourrait-il que tu voies plus loin, au-delà de la montagne des petites politiques et des obsessions d’élection ?

 

Sache que ton carré rouge dérange. Pour certains, il est lui-même violence.

 

Mais moi, je t’aime et j’attends que tu rentres à la maison satisfait de justice.

 

 

Ton père

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JE SUIS UN SOIR D’OCTOBRE

 

Sur les chemins de la maturité

J’ai vu venir la vieillesse

Elle avait le pas peu assuré

Son visage tuméfié laissait croire

À de trop fréquentes chutes

 

Sur mon chemin aux mille détours

J’ai vu l’indication funeste

Du dernier parcours

 

Cherchant de l’œil les amis dispersés

J’ai senti l’air devenir plus frais

Et le ciel s’ombrer de signes moins cléments

 

Je suis un soir de fin d’octobre

Surpris de tant de jours passés

 

Les tomates et les blés ont donné leur plein

Des enfants rient dans les pointes de maïs fauchés

Dans mes yeux mouillés de tendresse et de souvenirs

Leur plaisir devient presque le mien

 

Le vent balaie des millions de feuilles mortes

Au coupe-vent s’ajoute une doublure

 

Les oiseaux hier attroupés ont glissé sur l’air

Au rythme du soleil mon chant et mon souffle s’écourtent

 

Pourtant

Souriant aux bons coups du sort

Je reprends le stylo de mon récit

J’ai d’autres heures

Et d’autres joies à moissonner

 

J’ai encore du temps à chérir

J’ai un champ en jachère

Et un arbre à planter

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