Un 18 AVRIL

 

Cette année, c’est en avril que le printemps fait gaiement ses premières sorties prolongées. Après un hiver de blancheur, de glace et d’intempéries dispersées, la douceur est toute bien­venue. Par gouttes d’attention, notre ciel courtise plus solennellement qu’avant le soleil qui ne demande qu’à se lever de plus en plus tôt et à allonger sa chaleur sur les champs qui s’amusent à protéger des restants de neige au creux des vallons et le long des boisés.  Sur nos pelouses encore endormies, des rouges-gorges bombent leur torse à la recherche d’un ver trop curieux de sortir du dégel tant espéré

 

J’aime le mois d’avril parce qu’enfin le jour a gagné sur la nuit. Le soleil enlumine mes levers et dore mes déjeuners. Déjà, je songe à tous ces jours où j’irai boire mon café sur la galerie les pieds baignés de chauds rayons. Les sizerins de ce matin sont venus inscrire mon rêve dans un demain presqu’à la porte de mon réveil.

 

En avril, par surprises successives, on n’en finit pas de ressusciter. De neige fondue en neige tombée, le temps se fait trompeur. Hier en manteau, aujourd’hui en chemise, demain en parapluie, nous allons de bottes en souliers en espérant bientôt marcher presque pieds nus.

 

Hier, comme par un printemps très hâtif, le lac s’est délesté de toute la glace qui lui cachait le soleil. Les canards, par couple, s’en donnent à cœur joie.

 

Ce matin j’ai sorti les chaises de parterre construites par mon père. De vieilles écailles des peintures antérieures protégeaient mal ses membres et tout son corps. J’ai gratté pour leur redonner une peau neuve. Sous le regard moqueur des corneilles et des bouviers à tête brune j’ai joué longuement du pinceau sous tous les angles. J’essaie de leur refaire une beauté, sinon une nouvelle jeunesse.

 

Au soir d’un jour gris, moi qui suis un octobre tôt décoiffé que le vent exagérément nordique fait frissonner, j’allonge le regard vers l’autre rive pour qu’un signe me dise la venue des bonheurs d’un réel printemps. Aujourd’hui, de trop larges nuages m’indiquent que le beau temps demeure encore une promesse que chaque semaine renouvelle en son lundi. On a beau ne pas être nés de la dernière pluie et en avoir vu plusieurs, mais il reste que chaque année semble répéter le même scénario qui met notre patience à l’épreuve. Par bonheur, cette promesse arrive toujours, comme par surprise, à satisfaire toutes nos attentes.

 

Malgré moi, je rêve à ces longs jours, où le vent chaud nous invite à la tendresse et qui nous fait retarder notre heure de coucher en nous soulageant d’une fatigue mise en réserve des jours passés. Que viennent ces heures exquises à nos yeux éblouis d’un été enfin installé !

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Classé dans Réfléxions quotidiennes

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