La Coureuse des grèves

Il est 10h30, c’est dimanche et nous sommes prêts pour aller de Québec à Saint-Mathieu. Le soleil est au rendez-vous et la route est magnifique, avec un léger trafic du dimanche matin. Tout va très bien.

Nous avons l’intention d’aller dîner à Saint-Jean-Port-Joli. À la Coureuse des grèves il y a un copieux déjeuner qui est servi jusqu’à 14h00.

Peu avant midi, nous stationnons devant le restaurant. À voir le nombre de voitures autour de nous, nous constatons que d’autres aussi connaissent le spécial du jour. Effectivement, il y a affluence. Pendant plus de 10 minutes on nous fait attendre à la porte qui ne cesse de s’ouvrir et de laisser entrer un filet d’air de -20˚C. Une table devient disponible. C’est à notre tour de s’asseoir.

Après un verre d’eau et une brève consultation du menu, une serveuse prend note de nos choix. Jusque là, tout va bien. Étant donné que le restaurant est plein, il n’est pas surprenant que le service soit un peu lent. Nous nous préparons à attendre bien patiemment.

À la table, à notre droite, il y a un jeune couple qui, tout comme nous, attend. Tout à coup, une dame qui vient de finir son repas s’approche et entreprend une conversation avec ceux de la table d’à côté. Comme les allées sont peu larges, son manteau passe tout près de notre salière et de notre poivrière. Pour éviter une chute, je les déplace.

On le sait, dans un restaurant, les clients conversent habituellement à voix pas trop forte. Une certaine discrétion s’impose. Mais la dame y va d’un ton assez ferme, un peu comme celui qui reçoit un appel sur son cellulaire et qui répond de telle manière que tous les clients perçoivent ce qu’il dit. On dirait qu’au téléphone, on cherche à être bien compris. C’est en tout cas ce que la dame fait et avec un sans gêne presque déconcertant.

La conversation (on devrait dire plutôt le monologue) se poursuit sur un ensemble de sujets hétéroclites. Les interlocuteurs écoutent, opinent, et font quelques « oui, bien sûr ! », « Oui, je comprends », « Ah bon ? ».

Sans même prêter l’oreille, nous comprenons bien que la dame vient de perdre son mari et que sa vie a basculé. Il y a tant à faire. Elle raconte et elle raconte. Le jeune couple reçoit leurs assiettes, mais la dame n’a pas fini son récit. Alors ils attendent évitant de se mettre à manger pour ne pas signifier leur ennui que leur visage traduit déjà suffisamment. Puis, tout comme cela a commencé, la dame part ayant à peine fini sa phrase. Au revoir et à la prochaine !

Une fois servis, nous prenons notre repas en commentant presque en murmure ce que nous venons de vivre.

C’est donc une heure et demie plus tard que nous reprenons la route toujours aussi ensoleillée qu’avant notre arrêt.

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Classé dans Réfléxions quotidiennes

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