Origines

Je suis né d’un devoir conjugal accordé

dans l’espoir permanent d’une conception retardée

Je suis né du rouet, de la catalogne et de tourtières

du bonheur simple de manger selon les recettes d’hier

Je suis né d’un p’tit pain, de Noël sans joujou

De l’effort incessant de joindre les deux bouts

Je suis né les yeux fixés sur l’assurance de mon père

en attente d’une main tendue et d’une caresse légère

Je suis né de l’huile de foie de morue et de camphre

de mouche de moutarde et de douleurs qu’on offre

Je suis né cordigère, scapulaire épinglé

Enfant de chœur soutané, servant de messe peu payé

Je suis né de carottes en bran de scie, de patates égermées

De déjeuner au gruau et de tartes bien sucrées

Je suis né de Gadbois, soldat Lebrun, Leclerc

De 78 tours et de disques pas chers

Je suis né de bûches à fendre, de boîte à beurre

De plancher à laver, de coucher avant l’heure

Je suis né de l’instruction qu’on ne peut refuser

Au prix du pensionnat il faut être bachelier

Je suis né d’un beau lac à l’onde invitante

qui vit moulin, billots, chalets et monte-pentes

Aujourd’hui…

J’ai bonne vie, enfants, amour

travail heureux et rente à mon tour

4 Commentaires

Classé dans Poésie, Réfléxions quotidiennes

4 réponses à “Origines

  1. Dans le même ordre des choses, écoute ce qui suit que tu reconnaîtras sûrement:

    Louise

  2. As-tu vu mon commentaire Clovis?
    c’est bizarre, ça fait un bout de temps que je l’ai envoyé et il n’apparait pas…

    Ah, c’est trucs électroniques

  3. Clovis, va écouter « Le plus beau voyage » de Claude Gauthier sur you tube, C’est vraiment dans la même ligne que « Origines ».

  4. Georges Beaulieu

    Excellents tes poèmes et réflexions, Clovis.
    Je te réponds par un texte semblable de mes origines… On raconte tant de choses…

    Rumeurs et parolis* sur la poésie
 (ON)
    On raconte que je suis arrivé en ce monde de la rencontre d’un parapluie et d’une paire de chaussures dépareillées au grenier d’un vieux château.
    On prétend que la vérité est un oignon qu’il faut peler et beaucoup pleurer. On trouve parfois la vérité sous une pelure, mais on ne la voit pas toujours à travers les larmes du crocodile.
    On affirme que tout a été dit, tout a été écrit. À quoi bon ressasser les mêmes histoires ? Et pourtant je jure que viendra quelqu’un après Aragon qui osera écrire un vers différent et aussi beau que :
    «mon sombre amour d’orange amère»
    C’est pour cela entre autres que je fais des gammes avec des mots depuis toujours, que je les piège pour leur arracher leur secret.
    On croit que la poésie embellit la vie du monde par sa beauté. On avait dit la même chose de l’art autrefois. Et pourtant les métaphores des grands poètes ne sont pas toujours belles comme des bulles de savon au soleil, mais plutôt tombent comme des paroles gelées qui éclatent avec un son indicible, à ce que prétendait Rabelais.
    On a bien vu que Gustave a passé cinq ans à réécrire son roman, à le soumettre aux pires tortures pour dire à la fin, exténué, extasié: «Madame Bovary, c’est moi !»
    On a bien entendu Marie-Claire Blais qui disait en plein soleil d’août 09 : «Le monde va si vite qu’on a trop de culpabilité à vivre.»
    Donc tout n’a pas encore été dit. Il y a les «autres merveilles longues à racompter», écrivait Jacques Cartier. Et son admirateur Pierre Perrault insistait : «On peut faire dire ce qu’on veut aux Écritures, à Ulysse. On ne peut interpeller la mer par l’imaginaire que si on voyage dans l’écriture».
    On y revient invariablement : toujours l’écriture pour trouver le nord. Pourtant ne pas oublier comme nous le rappelle Pierre Morency : «Le nord n’est pas dans la boussole.» Le nord de l’écriture est dans le sens de nos rêves quand ils tombent sur le papier comme les paroles dégelées de Rabelais. Entendez-vous Trink ?
    Vous avez compris sans dictionnaire…
    ©Georges Beaulieu
    *Parolis : paroles sans importance pour meubler le silence selon… mon grand-père qui avait la langue bien pendue.

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