Archives de Catégorie: Réfléxions quotidiennes

Concerts

Hier,  je suis allé au concert.

Tout a commencé avec un grand silence. Le premier violon s’est levé et le hautbois a donné la note. Chacun s’est accordé dans un tourbillon de sons.

Nouveau silence.

Le chef fait son entrée dans un applaudissement bien servi.

Nouveau silence.

D’un seul geste du chef, toute la couleur de l’orchestre envahit la salle. C’est beau !

Puis, il y a…

Ces violonistes qui se penchent et se redressent en cadence selon le rythme et surtout selon la vitesse d’exécution requise.

Ce violoncelliste qui hésite à taper du pied quand le tempo se fait fort et bien marqué.

Ce tromboniste qui pose son instrument sur un appui adapté lorsque sa partition est blanche.

Ce chef qui bat amplement de l’aile à droite pendant que sa main gauche fait signe aux violonistes de modérer le volume ou de l’amplifier.

Cette violoniste qui prend une pause aux genoux bien écartés pour se sentir plus à l’aise. Heureusement que sa jupe est longue.

Cette contrebassiste qui se tient bien droite sur son tabouret, mais qui penche sa tête affectueusement sur son instrument.

Il y a tous ces archets qui semblent voler au dessus des têtes des musiciens.

Dans un roulement de timbales, un éclat final, puis un grand silence.

Applaudissements.

C’est beau !

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Un 18 AVRIL

 

Cette année, c’est en avril que le printemps fait gaiement ses premières sorties prolongées. Après un hiver de blancheur, de glace et d’intempéries dispersées, la douceur est toute bien­venue. Par gouttes d’attention, notre ciel courtise plus solennellement qu’avant le soleil qui ne demande qu’à se lever de plus en plus tôt et à allonger sa chaleur sur les champs qui s’amusent à protéger des restants de neige au creux des vallons et le long des boisés.  Sur nos pelouses encore endormies, des rouges-gorges bombent leur torse à la recherche d’un ver trop curieux de sortir du dégel tant espéré

 

J’aime le mois d’avril parce qu’enfin le jour a gagné sur la nuit. Le soleil enlumine mes levers et dore mes déjeuners. Déjà, je songe à tous ces jours où j’irai boire mon café sur la galerie les pieds baignés de chauds rayons. Les sizerins de ce matin sont venus inscrire mon rêve dans un demain presqu’à la porte de mon réveil.

 

En avril, par surprises successives, on n’en finit pas de ressusciter. De neige fondue en neige tombée, le temps se fait trompeur. Hier en manteau, aujourd’hui en chemise, demain en parapluie, nous allons de bottes en souliers en espérant bientôt marcher presque pieds nus.

 

Hier, comme par un printemps très hâtif, le lac s’est délesté de toute la glace qui lui cachait le soleil. Les canards, par couple, s’en donnent à cœur joie.

 

Ce matin j’ai sorti les chaises de parterre construites par mon père. De vieilles écailles des peintures antérieures protégeaient mal ses membres et tout son corps. J’ai gratté pour leur redonner une peau neuve. Sous le regard moqueur des corneilles et des bouviers à tête brune j’ai joué longuement du pinceau sous tous les angles. J’essaie de leur refaire une beauté, sinon une nouvelle jeunesse.

 

Au soir d’un jour gris, moi qui suis un octobre tôt décoiffé que le vent exagérément nordique fait frissonner, j’allonge le regard vers l’autre rive pour qu’un signe me dise la venue des bonheurs d’un réel printemps. Aujourd’hui, de trop larges nuages m’indiquent que le beau temps demeure encore une promesse que chaque semaine renouvelle en son lundi. On a beau ne pas être nés de la dernière pluie et en avoir vu plusieurs, mais il reste que chaque année semble répéter le même scénario qui met notre patience à l’épreuve. Par bonheur, cette promesse arrive toujours, comme par surprise, à satisfaire toutes nos attentes.

 

Malgré moi, je rêve à ces longs jours, où le vent chaud nous invite à la tendresse et qui nous fait retarder notre heure de coucher en nous soulageant d’une fatigue mise en réserve des jours passés. Que viennent ces heures exquises à nos yeux éblouis d’un été enfin installé !

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RELÂCHE

C’est jeudi et je suis chez ma coiffeuse. Elle travaille dans un salon où circule tout le monde : des femmes, des hommes et des enfants. Aujourd’hui, contrairement à l’habitude, il y a beaucoup de va-et-vient. Ma coiffeuse m’informe que dès l’approche de la semaine de relâche des écoliers, beaucoup de gens sentent le besoin d’une coupe de cheveux nouvelle ou d’une retouche pour se sentir plus à l’aise en cas de voyage ou de déplacement et, pour le seul plaisir.

Il n’y a pas si longtemps, cette semaine était une pause pour les étudiants et les élèves afin de mieux replonger dans leurs études par après. Pour certains, c’était même un temps béni propice pour effectuer des travaux en attente d’un point final. Question de rejoindre ceux qui marchaient plus vite.

Aujourd’hui, on parle de  moments pour permettre aux familles de vivre ensemble quelques jours de rapprochement et de plaisirs partagés. Il n’en fallait pas plus pour que les cités et les villes de la province se dotent de programmes tous centrés sur cet objectif social et familial.

Que dire des parents qui ne peuvent se permettre cette relâche ? Qui sera le gardien quand le père et la mère sont tous les deux rivés à leur travail ? Comment alors donner le répit et les loisirs attendus par leurs enfants ? Serait-ce l’occasion d’accommodements raisonnables ?

Pour d’autres, les petites surprises sont de mises et fortement encouragées. C’est devenu comme une immense récréation où la cloche de la rentrée reste muette.

Cette année, par un curieux hasard, les étudiants font devancer la semaine de relâche en s’invitant à un débrayage qui implique des pancartes et une présence au grand air obligée.

Au plaisir !

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La Saint-Valentin

Hier, je suis passé au centre commercial pour acheter une bricole que seule une grande surface peut offrir en solde. Toutefois, ce qui n’a pas manqué de me laisser pantois, c’est l’effervescence autour de la Saint-Valentin.

Je ne sais qui a lancé le concours, mais il y avait une telle abondance de cœur, de chocolat, de rouge, de dentelle affriolante et autres artifices qu’on ne pouvait pas ne pas nous sentir envahis par une fête qui dit-on, doit souligner l’amour.

Bien sûr on peut s’aimer tous les jours de l’année. Toutefois, il n’est pas interdit de faire d’une journée un moment fort pour nous en conscientiser. D’en faire une fête, n’est pas dénué de sens ni d’à-propos. Soit !

Mais, fallait-il en mettre autant ? Fallait-il multiplier les ingéniosités et les babioles ? Finalement, fallait-il que ce soit les commerces qui hissent si fièrement les bannières et se montrent les plus fervents promoteurs de l’amour humain ? Il me semble y avoir là un certain dérapage, pour ne pas dire une monumentale fausse représentation.

L’amour a un côté intime. Chacun peut le manifester à sa façon. C’est là une richesse qui doit marquer nos rapports et qualifier nos relations de couple d’une empreinte toute pleine de délicatesse, de tendresse et non un rempli de gadgets, de manières empruntées et de ferveurs pré-adolescentes.

En ce jour du 14 février, j’ai l’âme à rentrer chez moi et à m’abreuver d’un silence plein d’une musique aux consonances romantiques. Aurais-je alors le vrai goût d’aimer sans artifice aucun ?

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73 ans

 

 

Comme tout le monde le vit, une fois par année, mon anniversaire s’est pointé le 3 février dernier.  En ce jour mémorable, j’ai atteint l’âge de 73 ans.

 

Pour plusieurs, l’âge est surtout une question arithmétique. Pour eux, le nombre prend une grande signification. C’est ce qu’on vit quand il s’agit de moments frontières comme celui de l’âge scolaire, celui qui autorise de voter ou celui de conduire une voiture. Plus jeunes c’est avec émoi que nous prenons conscience de ces jours qui marquent des passages ou des étapes.

 

Ainsi, je vois mon petit-fils qui frappe à la porte de ses six ans. Le voilà grand : il va à l ‘école, il fait du ski, il conduit son tout-terrain, il a son costume de hockeyeur, il a des amis, etc. Bientôt ce sera l’âge de raison, comme on le disait hier. L’heure des couchers va changer, le goût se précise, il sait mieux ce qu’il veut. Il aime se voir grandir et prendre de l’âge.

 

Quand nous sommes moins jeunes, ces anniversaires nous rendent plutôt songeurs. Qu’est-ce que la santé à un âge plus avancé ? Est-il temps de prendre des précautions jusqu’alors ignorées ? Comment se préparer pour bien vivre les années qui viennent ? Y a-t-il une recette à suivre ? Si oui, où est-elle et qui la détient ? D’ailleurs, on n’a jamais autant parlé de retraite, de fonds qui ne donnent plus autant de sécurité. Les décideurs voient un avenir moins rose que celui prévu lors de l’adoption de diverses conventions collectives.

 

Comme aimait le dire Jean Chrétien : « Que voulez-vous, c’est la vie ! » Vivre sur le bord d’un lac pendant les quatre saisons, ça donne une perspective de vie où l’horizon est encore au lointain. Comme ces soirs de couchers de soleil où les derniers rayons scintillent sur l’eau et font croire à un demain tout aussi beau.

 

J’ai l’âge de ces moments merveilleux.

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TEMPÊTE

 

 

Nous sommes en janvier et l’hiver tarde à montrer sa grande vigueur. Mais voilà qu’on nous annonce une tempête de neige. La première vraie de l’hiver.

Il n’en fallait pas plus pour qu’aussitôt ma mémoire s’emballe. Ah ! Les belles tempêtes d’hier.  Celles qui nous envahissaient, qui bloquaient les routes et rendaient toute marche dehors difficile, pénible et presqu’impossible. Celles où on ne pouvait bien distinguer la maison d’en face, ni ciel, ni terre. Celles qui faisaient que tout était blanc partout. Le nez collé sur la fenêtre, on ne voyait que de la neige, celle que le vent s’amusait à faire virevolter et qui distribuait les bancs de neige en des endroits toujours plus insolites.

On se couchait en pensant au déneigement du lendemain. Il y aura aussi l’auto qu’il faudra dégarnir et sortir de son emprisonnement.

Au matin, chaque propriétaire sortait sa pelle. C’était même un moment privilégié pour engager une courte conversation avec un voisin qu’on avait peine à saluer de temps en temps. Les considérations étaient légères : « Ouais, c’en était toute une ! » – « C’est pas grave, on est capable d’en prendre ! » Et chacun de reprendre sa pelle.

Sortant de ma rêverie, je jette un coup d’œil dehors. Il tombe une neige toute légère et il n’y a pas de vent. Au total, ça fait à peine 15 cm. Faut-il le dire : On n’a plus les tempêtes qu’on avait !

Aujourd’hui, samedi, seuls les skieurs ont un air des plus réjouis. Le stationnement du Mont St-Mathieu est plein.

 

Bonne descente !

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QU’IMPORTE !

 

 

Qu’importe !

La couleur de mon sang et celle du voisin

Les horreurs du tireur qui terrorise

La table où s’étale mes péchés déballés

Je souris à la fleur qui ne meurt qu’au matin

Qu’importe !

 

Qu’importe !

Le radeau de mes solitudes répétées

Le cadran des heures inoccupées

L’amertume de la chaise désertée

Je gambade encroûté de routes et de fossés

Qu’importe !

 

Qu’importe

La Toussaint et la douceur de ton sein

La buée qui alourdit mon œil et mon cœur

Le Mozart oublié de mes cris modulés

Je saute plus loin au-delà du senti

Qu’importe !

 

Qu’importe

Le ciel éclaté qui sèche les os

Les anges déchus qui flottent sur les eaux

Les échos des mers à franchir

Je parle latin et parfois italien

Qu’importe !

 

Qu’importe !

Les cours et les longs travaux

Les notions inutiles, le bourrage de cerveau

Les longs couloirs aux vertus désertées

Je sors avec amis et sans parapluie

Qu’importe

 

Qu’importe !

L’enfance qui sonde les amours

Les leçons qui ne sont que des devoirs

Les mouchoirs de labeur et de douleur

J’entre dans le vent tel Abel ou Caïn

Et…

Je sonne les cloches à cordes débattues

 

Qu’importe !

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Moment tendre

 

Nous sommes dimanche. Vers 9h00, sur Skype, nous voyons une toute jeune fille qui vint de passer le cap de sa première année. Pleine de sourire, elle délaisse ses jouets qui l’entourent et tente de se dresser sur ses deux jambes. Ça vient. Sa mère et sa grand-mère sont pleines de bravos quand elle arrive à se maintenir toute droite. Un pas, puis deux. La voilà donc qui commence à marcher. Les bras bien tendus, elle va vers sa mère. Après ce bref effort elle se retrouve au sol. Sans hésiter, elle se reprend. Encore chancelante, elle arrive mal à garder l’équilibre. Retour au sol. Dans une dernière tentative, elle se tient droite, avance encore deux pas, puis trois. C’est le succès attendu. Encore ! Bravo Zélie !

 

Il lui reste toute sa vie pour vivre sur ses deux pieds et avancer avec une confiance déjà toute présente en elle.

 

Bonne vie !

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Origines

Je suis né d’un devoir conjugal accordé

dans l’espoir permanent d’une conception retardée

Je suis né du rouet, de la catalogne et de tourtières

du bonheur simple de manger selon les recettes d’hier

Je suis né d’un p’tit pain, de Noël sans joujou

De l’effort incessant de joindre les deux bouts

Je suis né les yeux fixés sur l’assurance de mon père

en attente d’une main tendue et d’une caresse légère

Je suis né de l’huile de foie de morue et de camphre

de mouche de moutarde et de douleurs qu’on offre

Je suis né cordigère, scapulaire épinglé

Enfant de chœur soutané, servant de messe peu payé

Je suis né de carottes en bran de scie, de patates égermées

De déjeuner au gruau et de tartes bien sucrées

Je suis né de Gadbois, soldat Lebrun, Leclerc

De 78 tours et de disques pas chers

Je suis né de bûches à fendre, de boîte à beurre

De plancher à laver, de coucher avant l’heure

Je suis né de l’instruction qu’on ne peut refuser

Au prix du pensionnat il faut être bachelier

Je suis né d’un beau lac à l’onde invitante

qui vit moulin, billots, chalets et monte-pentes

Aujourd’hui…

J’ai bonne vie, enfants, amour

travail heureux et rente à mon tour

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La Coureuse des grèves

Il est 10h30, c’est dimanche et nous sommes prêts pour aller de Québec à Saint-Mathieu. Le soleil est au rendez-vous et la route est magnifique, avec un léger trafic du dimanche matin. Tout va très bien.

Nous avons l’intention d’aller dîner à Saint-Jean-Port-Joli. À la Coureuse des grèves il y a un copieux déjeuner qui est servi jusqu’à 14h00.

Peu avant midi, nous stationnons devant le restaurant. À voir le nombre de voitures autour de nous, nous constatons que d’autres aussi connaissent le spécial du jour. Effectivement, il y a affluence. Pendant plus de 10 minutes on nous fait attendre à la porte qui ne cesse de s’ouvrir et de laisser entrer un filet d’air de -20˚C. Une table devient disponible. C’est à notre tour de s’asseoir.

Après un verre d’eau et une brève consultation du menu, une serveuse prend note de nos choix. Jusque là, tout va bien. Étant donné que le restaurant est plein, il n’est pas surprenant que le service soit un peu lent. Nous nous préparons à attendre bien patiemment.

À la table, à notre droite, il y a un jeune couple qui, tout comme nous, attend. Tout à coup, une dame qui vient de finir son repas s’approche et entreprend une conversation avec ceux de la table d’à côté. Comme les allées sont peu larges, son manteau passe tout près de notre salière et de notre poivrière. Pour éviter une chute, je les déplace.

On le sait, dans un restaurant, les clients conversent habituellement à voix pas trop forte. Une certaine discrétion s’impose. Mais la dame y va d’un ton assez ferme, un peu comme celui qui reçoit un appel sur son cellulaire et qui répond de telle manière que tous les clients perçoivent ce qu’il dit. On dirait qu’au téléphone, on cherche à être bien compris. C’est en tout cas ce que la dame fait et avec un sans gêne presque déconcertant.

La conversation (on devrait dire plutôt le monologue) se poursuit sur un ensemble de sujets hétéroclites. Les interlocuteurs écoutent, opinent, et font quelques « oui, bien sûr ! », « Oui, je comprends », « Ah bon ? ».

Sans même prêter l’oreille, nous comprenons bien que la dame vient de perdre son mari et que sa vie a basculé. Il y a tant à faire. Elle raconte et elle raconte. Le jeune couple reçoit leurs assiettes, mais la dame n’a pas fini son récit. Alors ils attendent évitant de se mettre à manger pour ne pas signifier leur ennui que leur visage traduit déjà suffisamment. Puis, tout comme cela a commencé, la dame part ayant à peine fini sa phrase. Au revoir et à la prochaine !

Une fois servis, nous prenons notre repas en commentant presque en murmure ce que nous venons de vivre.

C’est donc une heure et demie plus tard que nous reprenons la route toujours aussi ensoleillée qu’avant notre arrêt.

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