Ainsi va le vent

 

Muni d’un cerf-volant

Dans la vague du séant

Il est venu en passant

Un matin de printemps

 

Comme un bateau toujours en mer

Il se pointe droit tête altière

Comme une vie qu’il voudrait bien en main

Il fait tourner et retourner l’oiseau qu’il tient

 

Fier d’un vent contraire

Les pieds plantés et mobiles

Il s’amuse des résistances qui filent

Comme on le fait été hiver

 

Tourne le vent, souffle la bise

Le cerf-volant

De frayeur gronde

 

Un piqué immobilise l’envol

D’un coup il remonte

Plus fort et plus frivole

D’une corde il le dompte

 

Ainsi va le vent

Ainsi va la vie

 

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Être un touriste

 

Il y a si peu de temps entre la montée dans l’avion et l’atterrissage dans un autre pays que le citoyen voyageur a bien du mal à entrer adroitement dans la peau d’un touriste. Il n’a guère le choix que de rester ce qu’il est, soit un amateur de musées, un adepte des plages, un amant des architectures et des grandes voies urbaines ou un fieffé chercheur d’aubaines dans les grands magasins. Dans une ville comme Barcelone, chacun peut y vivre son plaisir et même se surprendre à aimer ce qu’il connaissait si peu avant.

 

Quand on arrive dans une nouvelle ville, par une certaine prudence, il convient de garder sa carte de route bien en main et de dissimuler habilement son portefeuille et autres objets d’importance. Une fois acquis quelques repères, la sécurité donne un répit aux craintes de toutes sortes. Il reste à s’assurer des restaurants à prix modiques et quelques endroits pour satisfaire des envies par trop naturelles et bien souvent impérieuses.

 

Par la suite, ce sont les jambes et les pieds qui sont mis à rude épreuve. Dans nos habitudes de rentier, il y a si peu de place aux longues marches qu’une fois à la recherche d’un musée, d’une cathédrale ou d’un restaurant, les pas se multiplient et la fatigue ne manque pas d’en ralentir ou d’en décourager plus d’un. Un bon banc sur la place fait toutes les réparations nécessaires à un autre départ. Et vive la culture et toutes les sortes de curiosités que révèlent les grandes artères, les coins de rue et les grands parcs !

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Barcelone, 11 septembre 2012

Aller vivre quelques semaines dans un pays étranger n’est pas sans effet sur le regard que l’on peut porter sur notre propre pays. Je suis allé en Catalogne. Par un hasard heureux j’ai été présent lors de la fête nationale de ce coin de pays. Quelle foule ! Que de drapeaux ! Que de fierté dans le rassemblement ! Pas de débordement, pas de bruit intempestif. Il y avait du calme et de larges sourires à mesure que les gens voyaient gonfler la foule qui bientôt rassemblait plus d’un million de personnes.

J’y étais et je me sentais presque chez-moi, tant le nationalisme prenait place dans la cité. Partout des slogans parlaient d’indépendance et du prochain pays de l’Europe. D’immenses bannières aux couleurs de la Catalogne ornaient les plus hauts édifices. Tout comme une part de québecois, plusieurs catalans rêvent de liberté et d’autonomie. Plus que nous, ils ont l’audace de le dire haut et fort et à pleine rue.

Par un autre hasard, cette année le pays ami invité à la fête était le Québec. Il y avait un festival de film du Québec, des spectacles de projections sur de larges édifices étaient signés par le Québec. Même la Sagrada Familia fut illuminé de ces images grandioses. De plus, le groupe Le vent du nord prenait place sur la grande estrade de la Place de la Catalogne. Que demander de plus !

C’était fantastique !

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Mon Fils

Mon fils,

 

Il me semble qu’il y a un certain temps qu’on ne s’est pas parlé. Tu te fais plus discret, mais je vois bien que tu es dans un moment intense. Les études, la hausse des droits de scolarité, le vote, la grève et la marches nombreuses. Ça fait beaucoup depuis janvier.

 

La vie, tu la tiens entre tes dents depuis que tu sens que c’est entre tes mains que reposent ton avenir et celui de ceux de ton âge. Tu es certain que ta cause est juste. Je n’en doute pas. Surtout quand tu me dis que tu rêves à une société plus à ta mesure,  moins polluée d’argent sale, de potentats de toutes sortes qui manipulent et te disent de te taire. Il y a plein de gens qui ne veulent pas qu’on réveille ton envie de voir grand. Ils aiment mieux quand tu te tais, quand tu fais semblant de suivre la foule des automates subjugués par des politiciens nourris d’enveloppes brunes.

 

Bien sûr que moi je te crois quand tu marches dans la rue et que tu cries ton droit à une éducation partagée par tous. Les financiers ont vite répondu à tes demandes en affichant divers calculs. Tout cela pour nous faire croire, à nous les parents, que tu en avais bien plus que tu peux le penser.

 

Tu demandes une société nouvelle et on te met la police aux trousses. Des droits, on te les donne au compte goutte. Pour bien des dirigeants, tu n’es plus un étudiant, tu n’es qu’un manifestant le plus souvent dans l’illégalité. Quand tu veux le dialogue, on te sert la loi spéciale.  Et badauds d’applaudir. Comme si vouloir la paix signifie demeurer en silence dans les rangs, voire se terrer pendant que d’autres gèrent ton avenir. « Envoye dans le nord ! » disait Charest, ainsi on va pouvoir gérer tranquille.

 

Aujourd’hui, je continue de t’écouter. Même que parfois, j’envie ton audace et ta persévérance. Se pourrait-il que tu voies plus loin, au-delà de la montagne des petites politiques et des obsessions d’élection ?

 

Sache que ton carré rouge dérange. Pour certains, il est lui-même violence.

 

Mais moi, je t’aime et j’attends que tu rentres à la maison satisfait de justice.

 

 

Ton père

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JE SUIS UN SOIR D’OCTOBRE

 

Sur les chemins de la maturité

J’ai vu venir la vieillesse

Elle avait le pas peu assuré

Son visage tuméfié laissait croire

À de trop fréquentes chutes

 

Sur mon chemin aux mille détours

J’ai vu l’indication funeste

Du dernier parcours

 

Cherchant de l’œil les amis dispersés

J’ai senti l’air devenir plus frais

Et le ciel s’ombrer de signes moins cléments

 

Je suis un soir de fin d’octobre

Surpris de tant de jours passés

 

Les tomates et les blés ont donné leur plein

Des enfants rient dans les pointes de maïs fauchés

Dans mes yeux mouillés de tendresse et de souvenirs

Leur plaisir devient presque le mien

 

Le vent balaie des millions de feuilles mortes

Au coupe-vent s’ajoute une doublure

 

Les oiseaux hier attroupés ont glissé sur l’air

Au rythme du soleil mon chant et mon souffle s’écourtent

 

Pourtant

Souriant aux bons coups du sort

Je reprends le stylo de mon récit

J’ai d’autres heures

Et d’autres joies à moissonner

 

J’ai encore du temps à chérir

J’ai un champ en jachère

Et un arbre à planter

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Concerts

Hier,  je suis allé au concert.

Tout a commencé avec un grand silence. Le premier violon s’est levé et le hautbois a donné la note. Chacun s’est accordé dans un tourbillon de sons.

Nouveau silence.

Le chef fait son entrée dans un applaudissement bien servi.

Nouveau silence.

D’un seul geste du chef, toute la couleur de l’orchestre envahit la salle. C’est beau !

Puis, il y a…

Ces violonistes qui se penchent et se redressent en cadence selon le rythme et surtout selon la vitesse d’exécution requise.

Ce violoncelliste qui hésite à taper du pied quand le tempo se fait fort et bien marqué.

Ce tromboniste qui pose son instrument sur un appui adapté lorsque sa partition est blanche.

Ce chef qui bat amplement de l’aile à droite pendant que sa main gauche fait signe aux violonistes de modérer le volume ou de l’amplifier.

Cette violoniste qui prend une pause aux genoux bien écartés pour se sentir plus à l’aise. Heureusement que sa jupe est longue.

Cette contrebassiste qui se tient bien droite sur son tabouret, mais qui penche sa tête affectueusement sur son instrument.

Il y a tous ces archets qui semblent voler au dessus des têtes des musiciens.

Dans un roulement de timbales, un éclat final, puis un grand silence.

Applaudissements.

C’est beau !

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Un 18 AVRIL

 

Cette année, c’est en avril que le printemps fait gaiement ses premières sorties prolongées. Après un hiver de blancheur, de glace et d’intempéries dispersées, la douceur est toute bien­venue. Par gouttes d’attention, notre ciel courtise plus solennellement qu’avant le soleil qui ne demande qu’à se lever de plus en plus tôt et à allonger sa chaleur sur les champs qui s’amusent à protéger des restants de neige au creux des vallons et le long des boisés.  Sur nos pelouses encore endormies, des rouges-gorges bombent leur torse à la recherche d’un ver trop curieux de sortir du dégel tant espéré

 

J’aime le mois d’avril parce qu’enfin le jour a gagné sur la nuit. Le soleil enlumine mes levers et dore mes déjeuners. Déjà, je songe à tous ces jours où j’irai boire mon café sur la galerie les pieds baignés de chauds rayons. Les sizerins de ce matin sont venus inscrire mon rêve dans un demain presqu’à la porte de mon réveil.

 

En avril, par surprises successives, on n’en finit pas de ressusciter. De neige fondue en neige tombée, le temps se fait trompeur. Hier en manteau, aujourd’hui en chemise, demain en parapluie, nous allons de bottes en souliers en espérant bientôt marcher presque pieds nus.

 

Hier, comme par un printemps très hâtif, le lac s’est délesté de toute la glace qui lui cachait le soleil. Les canards, par couple, s’en donnent à cœur joie.

 

Ce matin j’ai sorti les chaises de parterre construites par mon père. De vieilles écailles des peintures antérieures protégeaient mal ses membres et tout son corps. J’ai gratté pour leur redonner une peau neuve. Sous le regard moqueur des corneilles et des bouviers à tête brune j’ai joué longuement du pinceau sous tous les angles. J’essaie de leur refaire une beauté, sinon une nouvelle jeunesse.

 

Au soir d’un jour gris, moi qui suis un octobre tôt décoiffé que le vent exagérément nordique fait frissonner, j’allonge le regard vers l’autre rive pour qu’un signe me dise la venue des bonheurs d’un réel printemps. Aujourd’hui, de trop larges nuages m’indiquent que le beau temps demeure encore une promesse que chaque semaine renouvelle en son lundi. On a beau ne pas être nés de la dernière pluie et en avoir vu plusieurs, mais il reste que chaque année semble répéter le même scénario qui met notre patience à l’épreuve. Par bonheur, cette promesse arrive toujours, comme par surprise, à satisfaire toutes nos attentes.

 

Malgré moi, je rêve à ces longs jours, où le vent chaud nous invite à la tendresse et qui nous fait retarder notre heure de coucher en nous soulageant d’une fatigue mise en réserve des jours passés. Que viennent ces heures exquises à nos yeux éblouis d’un été enfin installé !

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LE CRIARD DE LA SHOP

 

Le criard de la shop a sifflé deux fois

 

D’un même geste, ils ont écrasé leur mégot

et sont entrés par la grande porte

Tout le jour, ils ont poussé, tiré, sué

 

Boîtes à beurre de mon cœur

 

Sur un parfum de paraffine chauffée

la poussière de bois a blanchi leurs épaules

farci leurs oreilles et teinté la lueur des ampoules

 

 

Le criard de la shop a sifflé deux fois

 

Lourds de leurs répétitions machinales

D’un même geste ils ont secoué leur casquette

Ils ont marché vers leur maison, leur famille,

leur repas et leur repos

 

 

Du cœur du printemps au cœur de l’automne

ils ont prêté leur bras, leur dos, leurs mains

À force d’adresse et de solidarité

ils ont fabriqué une fierté

 

À travers des boîtes aux destinations canadiennes

ils ont vécu leurs stériles rêves de voyage

et forgé leur présence muette

 

 

Le criard de la shop a sifflé deux fois

 

 

Un soir d’automne

Comme par une fatalité indiscutable

Le criard de la shop a lancé un long sifflement

L’usine fermait définitivement ses portes

 

Une à un, les ouvriers ont quitté leur unique gagne-pain

sans tourner la tête, sans un regard sur leur passé

Ils ont gagné leur chaumière et compté leur derniers sous

 

 

Après ce dernier sifflement

Leur vie a basculé et furent réduits leurs espoirs

 

Les jeunes ont pris le chemin des villes

et laissé le plus âgés repeindre leur demeure

aux couleurs de l’automne

 

Dans un silence presque coupable

Les propriétaires ont abandonné et fermé l’usine

Une à une les machines sont parties

Tout a été vendu

 

Plus jamais ne sifflera le criard de la shop

qui a marqué leur passage à la vie d’adulte

qui a mesuré leur repas et leur détente

qui a sonné leur rassemblement

et déclaré leur retraite

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DE L’OMBRE AU CLAir

Comme l’ombre du poteau

Je vais comme à vau-l’eau

J’essaie de me tenir à flots

Mais rien ne m’est rigolo

Comme un automne de ciel ouvert

On dirait la vie à l’envers

Pour bien des humains de la terre

Avec le froid vient l’hiver

Je peux bien faire le pitre

Me coller la joue sur la vitre

Je me sens évêque sans mitre

Qui n’a même pas de titre

Comme un automne de ciel ouvert

On dirait la vie à l’envers

Pour bien des humains de la terre

Avec le froid vient l’hiver

Loin de moi, loin des miens

Je ne sais que faire de mes mains

J’erre de gares en trains

Me sentant un peu vaurien

Comme un automne de ciel ouvert

On dirait la vie à l’envers

Pour bien des humains de la terre

Avec le froid vient l’hiver

Pauvre de moi qui suis seul

Il ne me manque qu’un cercueil

Pour emboîter tous mes deuils

En riant me faire un clin d’œil

Il faudrait un printemps de ciel ouvert

Pour mettre le cœur à l’envers

Pour bien des humains de la terre

Changer le froid pour un ciel clair

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RELÂCHE

C’est jeudi et je suis chez ma coiffeuse. Elle travaille dans un salon où circule tout le monde : des femmes, des hommes et des enfants. Aujourd’hui, contrairement à l’habitude, il y a beaucoup de va-et-vient. Ma coiffeuse m’informe que dès l’approche de la semaine de relâche des écoliers, beaucoup de gens sentent le besoin d’une coupe de cheveux nouvelle ou d’une retouche pour se sentir plus à l’aise en cas de voyage ou de déplacement et, pour le seul plaisir.

Il n’y a pas si longtemps, cette semaine était une pause pour les étudiants et les élèves afin de mieux replonger dans leurs études par après. Pour certains, c’était même un temps béni propice pour effectuer des travaux en attente d’un point final. Question de rejoindre ceux qui marchaient plus vite.

Aujourd’hui, on parle de  moments pour permettre aux familles de vivre ensemble quelques jours de rapprochement et de plaisirs partagés. Il n’en fallait pas plus pour que les cités et les villes de la province se dotent de programmes tous centrés sur cet objectif social et familial.

Que dire des parents qui ne peuvent se permettre cette relâche ? Qui sera le gardien quand le père et la mère sont tous les deux rivés à leur travail ? Comment alors donner le répit et les loisirs attendus par leurs enfants ? Serait-ce l’occasion d’accommodements raisonnables ?

Pour d’autres, les petites surprises sont de mises et fortement encouragées. C’est devenu comme une immense récréation où la cloche de la rentrée reste muette.

Cette année, par un curieux hasard, les étudiants font devancer la semaine de relâche en s’invitant à un débrayage qui implique des pancartes et une présence au grand air obligée.

Au plaisir !

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